Le risque médicamenteux chez la personne âgée
Une personne de 80 ans dépendante prend en moyenne 7 médicaments par jour. Chaque ajout au-delà de 5 augmente le risque d'interactions et d'effets secondaires. Les organes (foie, reins) éliminent moins bien. Le cerveau lésé par Alzheimer tolère moins.
Règle d'or
Tout nouveau symptôme chez une personne âgée doit d'abord faire suspecter un médicament avant toute autre cause.
Les neuroleptiques (antipsychotiques)
Halopéridol, rispéridone, olanzapine, quétiapine, tiapride…
Largement prescrits face à l'agitation ou aux hallucinations, ils :
- Augmentent le risque d'AVC (×2) et de décès (+ 60 à 70 %) en démence
- Aggravent les troubles cognitifs
- Sont potentiellement mortels en démence à corps de Lewy (sensibilité extrême)
- Provoquent raideur, chutes, somnolence
Règle : non systématique, à la plus petite dose, pour la plus courte durée, en réévaluation à 6 semaines.
Les benzodiazépines et apparentés
Alprazolam (Xanax), lorazépam (Temesta), bromazépam (Lexotan), diazépam (Valium), lormétazépam (Loramet), zolpidem (Stilnoct), zopiclone (Imovane)…
Effets secondaires marqués :
- Confusion paradoxale
- Chutes (× 2 à 3)
- Dépendance
- Amnésie
- Apnées du sommeil aggravées
À limiter à des utilisations courtes et ponctuelles. Arrêt progressif obligatoire (sevrage).
Les anticholinergiques
Famille mal connue, pourtant très présente dans les ordonnances :
- Antihistaminiques 1re génération (hydroxyzine/Atarax, diphenhydramine, dimenhydrinate)
- Antidépresseurs tricycliques (amitriptyline, clomipramine)
- Spasmolytiques urinaires (oxybutynine, solifénacine)
- Certains antiémétiques (métoclopramide à forte dose)
- Relaxants musculaires
Effet cumulatif (charge anticholinergique). Ils aggravent la mémoire, la confusion, provoquent constipation, sécheresse buccale, rétention urinaire, glaucome.
Outil : score ACB (Anticholinergic Cognitive Burden) > 3 = risque élevé.
Autres à surveiller
- Inhibiteurs de la pompe à protons au long cours (oméprazole, pantoprazole) : démence & infections
- Opiacés forts : attention aux chutes, à la confusion
- Codéine et tramadol : métabolisme aléatoire chez la personne âgée
- Corticoïdes long cours : psychose possible
La déprescription : un art
Déprescrire = arrêter ce qui n'est plus indispensable, avec un médecin. C'est un soin à part entière.
En pratique :
- Demander au médecin traitant une revue de médication annuelle
- Utiliser l'outil STOPP/START (critères gériatriques)
- Ne jamais arrêter seul un psychotrope : sevrage progressif
- Se méfier de l'addition de médicaments d'un spécialiste à l'autre
