Le panorama des traitements en 2026
Aucun traitement ne guérit aujourd'hui la maladie d'Alzheimer. Les médicaments disponibles agissent sur deux fronts : ralentir la progression des symptômes (les traitements symptomatiques), et plus récemment cibler le mécanisme biologique sous-jacent — l'accumulation de plaques amyloïdes dans le cerveau (les traitements de fond).
En 2026, les familles peuvent rencontrer trois grandes catégories de médicaments : les inhibiteurs de la cholinestérase (donépézil, rivastigmine, galantamine), la memantine, et les nouvelles immunothérapies anti-amyloïde (lecanemab, donanemab). À côté de ces traitements ciblés, d'autres médicaments sont parfois prescrits pour gérer les symptômes périphériques : troubles du sommeil, anxiété, dépression, agitation.
Les inhibiteurs de la cholinestérase
Cette famille comporte trois molécules : le donépézil (commercialisé sous le nom Aricept), la rivastigmine (Exelon, disponible en patch transdermique) et la galantamine (Reminyl). Toutes agissent en augmentant la disponibilité d'un neurotransmetteur, l'acétylcholine, dans le cerveau — ce qui compense partiellement la baisse de cette substance liée à la maladie.
Ces médicaments sont prescrits aux stades léger à modéré de la maladie. Leur effet est réel mais limité : ils peuvent stabiliser ou ralentir le déclin cognitif pendant 6 à 12 mois en moyenne, parfois plus. Ils ne guérissent pas, ne stoppent pas la maladie, et leur bénéfice s'estompe progressivement.
Effets secondaires les plus fréquents
Nausées, perte d'appétit, diarrhée, crampes musculaires, ralentissement du rythme cardiaque (bradycardie), troubles du sommeil. Ces effets sont souvent gérables en augmentant la dose progressivement et en prenant le médicament avec un repas. Le patch de rivastigmine évite en partie les troubles digestifs.
La rivastigmine en patch est particulièrement utile lorsque la prise per os devient difficile (refus de soins, troubles de la déglutition). Elle se colle sur la peau le matin et délivre le médicament en continu sur 24 heures.
La memantine
La memantine (commercialisée sous le nom Ebixa) agit sur un autre neurotransmetteur, le glutamate. Elle est indiquée aux stades modéré à sévère de la maladie, en monothérapie ou en association avec un inhibiteur de la cholinestérase.
Son profil d'effets secondaires est en général bien toléré : vertiges, maux de tête, parfois confusion ou somnolence. Elle peut apporter une stabilisation ou un léger ralentissement supplémentaire chez les personnes qui ne tolèrent plus ou ne répondent plus aux inhibiteurs de la cholinestérase.
Les immunothérapies anti-amyloïde : lecanemab et donanemab
C'est le grand changement de la décennie. Le lecanemab (Leqembi, Eisai/Biogen) et le donanemab (Kisunla, Eli Lilly) sont des anticorps monoclonaux administrés par perfusion intraveineuse. Ils ciblent les plaques amyloïdes dans le cerveau et les éliminent. Pour la première fois, on dispose de traitements qui agissent sur le mécanisme biologique de la maladie — pas seulement sur les symptômes.
L'effet clinique reste modeste : les essais cliniques (CLARITY-AD pour lecanemab, TRAILBLAZER-ALZ 2 pour donanemab) montrent un ralentissement du déclin de l'ordre de 25 à 35 % sur 18 mois — un gain réel mais qui ne signifie ni guérison, ni stabilisation complète. Le patient continue à décliner, mais plus lentement.
Conditions d'accès en Belgique
Même autorisées, ces molécules ne sont pas prescrites à tout le monde : les critères cliniques sont stricts et cumulatifs : stade très précoce (trouble cognitif léger ou Alzheimer débutant prouvé biologiquement), confirmation par PET-amyloïde ou ponction lombaire, absence de génotype APOE ε4 homozygote (risque accru d'effets secondaires graves), suivi par IRM cérébrale régulier pour détecter d'éventuelles micro-hémorragies ou œdèmes cérébraux (ARIA — Amyloid-Related Imaging Abnormalities).
Le lecanemab a obtenu son autorisation de mise sur le marché européenne en avril 2025, le donanemab dans la foulée la même année, et l'AFMPS les a validés pour la Belgique. Mais autorisation ne signifie pas remboursement : fin 2026, ces immunothérapies ne sont toujours pas prises en charge par l'INAMI. Concrètement, l'accès passe par des centres spécialisés (cliniques de la mémoire des hôpitaux universitaires comme l'UCL, l'ULB, la KU Leuven ou l'UZ Gent), et le traitement reste largement à charge des familles : plus de 25 000 € par an, hors imagerie de surveillance.
Les médicaments pour les symptômes comportementaux
Au cours de l'évolution, les troubles du comportement (agitation, agressivité, hallucinations, anxiété, troubles du sommeil, dépression) deviennent souvent plus difficiles à gérer que les troubles cognitifs eux-mêmes. La tentation est forte, dans certains contextes, de recourir à des sédatifs. C'est presque toujours une mauvaise idée en première intention.
L'approche recommandée en 2026 est claire : identifier la cause du trouble (douleur, infection urinaire, constipation, faim, ennui, peur, environnement bruyant) et la traiter, plutôt que de masquer le symptôme par des sédatifs. Voir notre article sur le refus de soins pour une approche concrète.
Quand un médicament psychotrope devient nécessaire, le choix doit être réfléchi, à dose minimale efficace et pour la durée la plus courte possible :
- Antidépresseurs (citalopram, sertraline) : utiles en cas de dépression ou d'anxiété marquée. Ils peuvent aussi aider à modérer l'agitation.
- Antipsychotiques atypiques (rispéridone, olanzapine, quétiapine) : à réserver aux situations sévères, à dose réduite, avec un suivi cardiologique. Ils augmentent le risque d'AVC et de mortalité chez la personne démente — à utiliser avec parcimonie.
- Mélatonine et trazodone : pour les troubles du sommeil, alternatives plus sûres que les benzodiazépines.
Les médicaments à éviter ou à ré-évaluer
Une part importante du travail du médecin traitant et du pharmacien chez la personne Alzheimer consiste à déprescrire : retirer ou diminuer les médicaments qui aggravent la confusion ou le risque de chute.
Médicaments à risque pour la personne Alzheimer
Anticholinergiques : oxybutynine (incontinence), amitriptyline et autres tricycliques (douleurs, dépression), certains antihistaminiques de première génération (diphénhydramine, hydroxyzine), antispasmodiques digestifs.
Benzodiazépines (alprazolam, lorazépam, diazépam) — en chronique, elles aggravent les troubles cognitifs et augmentent les chutes.
Z-drugs (zolpidem, zopiclone) — même profil que les benzodiazépines.
Neuroleptiques de première génération (halopéridol) — très sédatifs, à éviter sauf urgence aiguë.
Pour aller plus loin, consultez notre page dédiée aux médicaments à éviter chez la personne âgée.
Remboursement et accessibilité en Belgique
Les anti-démence classiques (donépézil, rivastigmine, galantamine, memantine) sont remboursés par l'INAMI dans le cadre du chapitre IV. Concrètement : le médecin spécialiste (neurologue, gériatre ou psychiatre) introduit une demande d'autorisation auprès du médecin-conseil de la mutualité, en justifiant le diagnostic. L'autorisation est généralement accordée pour 12 mois, puis renouvelée.
Le coût pour le patient est réduit à un ticket modérateur (quelques euros par mois) après accord. Les bénéficiaires de l'intervention majorée (BIM/VIPO) paient encore moins. Sans accord, le médicament est à charge totale du patient — entre 30 et 80 € par mois selon la molécule.
Le suivi du traitement
Un traitement Alzheimer ne se limite pas à la prescription. Il comporte plusieurs jalons importants.
- Bilan pré-traitement : examen cardiologique (rythme cardiaque, ECG), bilan biologique, parfois IRM. Indispensable pour les inhibiteurs de la cholinestérase.
- Initiation à doses progressives : la posologie augmente par paliers de 4 à 6 semaines pour limiter les effets secondaires.
- Évaluation à 3 mois puis tous les 6 à 12 mois : tests cognitifs (MMSE), évaluation comportementale, vérification de la tolérance.
- Décision de poursuite ou d'arrêt : si le bénéfice clinique disparaît clairement et que les effets secondaires l'emportent, l'arrêt peut être envisagé — toujours en concertation avec le neurologue ou le gériatre.
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Questions fréquentes
Quels médicaments existent pour la maladie d'Alzheimer en 2026 ?
Trois familles principales sont disponibles. Les inhibiteurs de la cholinestérase (donépézil, rivastigmine, galantamine) sont prescrits aux stades léger à modéré. La memantine est indiquée aux stades modéré à sévère. Depuis 2025, les immunothérapies anti-amyloïde lecanemab et donanemab sont autorisées en Europe et en Belgique et ciblent directement les plaques amyloïdes, mais leur accès reste limité : elles ne sont pas encore remboursées par l'INAMI et se prescrivent en centre spécialisé.
Le lecanemab et le donanemab sont-ils disponibles en Belgique ?
Oui, mais l'accès reste limité. Les deux médicaments sont autorisés en Europe et en Belgique (AFMPS) depuis 2025, mais ne sont pas encore remboursés par l'INAMI fin 2026. En pratique, la prescription se fait dans des centres spécialisés (cliniques de la mémoire universitaires : UCL, ULB, KU Leuven, UZ Gent) et le traitement reste largement à charge du patient, soit plus de 25 000 € par an hors imagerie de surveillance.
Les médicaments anti-Alzheimer sont-ils remboursés par l'INAMI ?
Oui, dans le cadre du chapitre IV. Le médecin spécialiste (neurologue, gériatre, psychiatre) introduit une demande d'autorisation auprès du médecin-conseil de la mutualité. L'autorisation est accordée pour 12 mois, renouvelable. Après accord, le coût pour le patient est réduit à un ticket modérateur de quelques euros par mois, encore moins pour les bénéficiaires BIM/VIPO.
Quels effets secondaires des inhibiteurs de la cholinestérase ?
Les plus fréquents sont les nausées, la perte d'appétit, la diarrhée, les crampes musculaires, la bradycardie (ralentissement du rythme cardiaque) et les troubles du sommeil. Augmenter la dose progressivement et prendre le médicament avec un repas limite ces effets. Le patch de rivastigmine (Exelon) évite en partie les troubles digestifs.
Quels médicaments sont à éviter chez une personne Alzheimer ?
Les anticholinergiques (oxybutynine, amitriptyline, certains antihistaminiques), les benzodiazépines (alprazolam, lorazépam) en chronique, les Z-drugs (zolpidem) et les neuroleptiques de première génération comme l'halopéridol. Ces médicaments aggravent la confusion et augmentent le risque de chute. Une revue médicamenteuse régulière par le médecin traitant est essentielle.

